Envisageons serieusement les conséquences du défaut grec : Un scénario argentin en Europe ?

Les émeutes en Grèce qui ont éclaté à l’annonce du vote, ne sont que le prélude de la réaction du prolétariat grec: résister à l’écrasement.

« On peut tondre un mouton pendant des années, on ne peut le dépecer qu’une fois »

Le défaut grec ( c’est a dire, rappelons le, l’incapacité de l’État Grec a rembourser ses créanciers en temps et en heure) est désormais quasi inéluctable.

Les gesticulations européenne, les périphrases franco-allemandes autour d’une « restructuration volontaire », ou autres camouflages cosmétiques ne cachent rien: on peut appeler la chose de dix manières différentes2, la Grèce, très bientôt, ne sera plus en mesure d’honorer ses dettes. Quelles conséquences le défaut grec va t’il avoir sur les économies grecque, européenne, mondiale, et comment cela va t il toucher le prolétariat?

En Grèce:

Le défaut grec risque de provoquer l’effondrement du système financier grec: les économistes bourgeois appellent ça un « crédit crunch ». En gros, les banques ne peuvent plus ni prêter aux particuliers, ni se prêter de l’argent entre elles, et l’État (préteur en dernier recours) n’est pas en mesure de pallier. l’État cesse de payer les salaires des fonctionnaires. De nombreux patrons aussi, le chômage technique explose, les salaires (de ceux qui en ont encore un) baissent.

La seule « solution », pour le gouvernement grec, c’est alors la sortie de l’Euro, et le retour à une monnaie nationale. On peut aussi anticiper la création d’une pléiade de monnaie alternatives locales: c’est en tout cas ce qui c’est passé en Argentine, mais aussi ce qui se passe en ce moment aux USA…( par exemple, le phénomène des « Ithaca Hours3 »)

Cette monnaie nationale sera immédiatement dévaluée, se dégradant progressivement, avec une perspective d’euro-isation de la monnaie. ( En d’autre terme le peu de confiance des grecs envers leur nouvelle monnaie les poussera a la convertir en euro, ce qui accélèrera le phénomène de dévaluation, créant un cercle vicieux…).

Concrètement, c’est le risque d’un scénario argentin: chômage de masse, perte de l’épargne des classes moyennes… Bref, un vrai scénario-catastrophe!

Pour l’Europe: l’effet domino?

Irlande, Portugal, voire Espagne, Belgique ou Italie, la liste des pays exposé a courte ou moyenne échéance a la contagion grecque est éloquente: ça fuit de partout.

(Il n’est pas exclu, d’ailleurs,les mêmes causes provoquant souvent les mêmes effets d’envisager la réédition d’un scandale de maquillage des comptes, dans un de ces pays, prochainement. )

La perspective de la contagion, donc, repose sur une logique simple: suite au défaut grec, les créanciers voient dans les autres « hommes malades de l’Europe » les suivants sur la liste, or l’UE a montré son incapacité a sauver la Grèce du défaut: donc, elle n’est pas crédible lorsqu’elle annonce qu’elle va les sauver. Les taux d’intérêts explosent, les plans d’austérité écrasent toujours plus les populations, jusqu’au défaut.. Retour au scénario Argentin.

Nous n’explorerons pas ici les conséquences sur les pays du centre de la zone euro, de ces scenarii catastrophes: au moins dans un premier temps une crise bancaire, avec refinancement par l’État, par exemple pour la France, de la BNP4, de la caisse d’épargne, etc. Donc, augmentation de l’endettement public, valse des plans d’austérités dans un contexte économique de réductions des exportations en direction des pays périphériques asphyxiés.

Et le Monde: Le spectre d’un krach des CDS…

CDS: dans la famille des crédits pourris, j’ai déjà les subprimes, je demande le« Credit Défault Swap »! En gros, le CDS, c’est une assurance contre le défaut sur une dette. Il existe des CDS pour les pays – et donc les obligations souveraines qu’ils émettent – comme pour les entreprises.
Comme pour toutes les assurances, plus le risque est grand plus le prix est élevé. Or depuis la crise, Le marché des CDS a explosé: il représente aujourd’hui presque 60 000 milliards (l’équivalent du PIB mondial), contre 6 000 milliards en 2004.

Déjà, en 2008, La crise des CDS avait été évitée de justesse avec le sauvetage par les USA de l’assureur Américain AIG qui possède pour 440 milliards de dollars de CDS. Son renflouement était indispensable, car l’effet domino de la possible perte de ces Credit Default Swapaurait fait l’effet d’une bombe sur les établissements financiers déjà atteints par la crise des Subprimes

La question est donc simple, prenez la Grèce: mettons qu’elle fasse défaut ou comme on dit, que sa dette soit « restructurée » que se passe t il pour les CDS ? C’est la question a laquelle aujourd’hui personne ne veut répondre. La réponse? Elle tient peut etre en un mot: BOUM!

Mais alors, que font les gouvernement, que fait la fameuse « Troïka5 »?

Bonne question… Il faut bien comprendre une chose: Ils naviguent a vue, comme l’a bien dit Papandréou, le premier ministre socialiste grec :

«Le marché financier est plus fort que le Parlement, plus fort que la volonté du peuple, nous devons avoir un vote de confiance pour une Grèce différente», a déclaré le Premier ministre, Georges Papandréou, cité sur Twitter par le correspondant de Channel 4. «Nous pouvons choisir entre le déficit ou la prospérité. Ce vote est la seule façon pour nous de gagner du temps pour faire les changements que nous devons appliquer», a-t-il ajouté.6

Pas besoin d’avoir un bac +5 en économie pour comprendre que si:

  • D’un coté, on réduit énormément les dépenses de l’État ( plans d’austérité)
  • De l’autre l’effet de cette politique, c’est la récession7 ( PIB en baisse)

Alors oui, moins de dépense mais encore moins de recettes, c’est une voie sans issue.
Le “remède” comme on dit, tue le malade. Mais les marchands de médocs font du pognon…

Pourtant, la fameuse troïka continue sans sourciller a conditionner ses plans d’aide a une politique d’ajustement structurel8 qui a montré ses ravages dans le monde, depuis 30 ans…

A terme, la seule chose que font les gouvernants c’est de mettre la tète sous le sable et de répéter en cœur «  On est pas la Grèce » C’est en tout cas ce qu’on l’air de penser Sarkozy et Merkel.

A quand la Grèce Générale?

1Ce nouveau plan d’austérité exigé par le FMI et les Européens prévoit un effort budgétaire supplémentaire de 28,4 milliards d’euros d’ici à 2015, dont 6,4 milliards dès cette année. Parmi les nouvelles mesures figurent des hausses d’impôts : le seuil d’imposition sur le revenu va être abaissé à 8 000 € annuels (contre 12 000 précédemment), une taxe exceptionnelle est instituée pour les revenus supérieurs à 12 000 € par an tandis que les professions libérales seront astreintes à un prélèvement professionnel de 300 € par an. Une taxe sur le fioul de chauffage augmentera et la TVA sera portée de 13 à 23 % dans la restauration. Par ailleurs, les dépenses de l’État vont diminuer. Les critères pour percevoir les allocations sociales seront durcis (y compris l’indemnisation du chômage). Le remplacement des fonctionnaires partant à la retraite s’effectuera au ratio d’un sur dix (un sur cinq actuellement). Un calendrier des privatisations, d’aujourd’hui à 2015, devra rapporter 50 milliards d’euros. Source: http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Economie/L-euro-joue-une-manche-decisive-en-Grece-_NP_-2011-06-29-682827

 

 

3http://en.wikipedia.org/wiki/Ithaca_Hours

4L’heure est a la protection de ses arrières: la BNP, très engagée dans la dette grecque,veut se rassurer en pensant nommer Pierre Mariani, actuel dirigeant de Dexia et réputé proche du pouvoir a sa tête. (il a notamment orchestré le plan de « sauvetage » de Dexia en 2008. Il faut bien prévoir ses appuis, quand on pense chuter… )http://www.rachatducredit.com/bnp-paribas-qui-va-le-mieux-proteger-la-banque-5899.html

5Pour l’attelage Fonds Monétaire international (FMI) Banque Centrale Européenne (BCE) Union Européenne (UE): en d’autres termes, les affameurs de la grèce.

6http://www.20minutes.fr/article/749997/grece-direct-depute-attaque-manifestants-sortie-parlement

7http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/03/14/la-grece-a-connu-une-recession-de-4-2-en-2010_1492671_3214.html

8http://www.france.attac.org/archives/spip.php?article797