Faut-il faire frire Bernard Friot (et son salaire socialisé)?

A l’heure où le PS se propose de « réformer » les retraites, ou plutôt de les diminuer sous une forme ou une autre, plusieurs voix s’élèvent à gauche pour défendre « d’autres réformes, citoyennes, démocratique, etc. » L’une d’entre elle est celle de Bernard Friot. Un économiste et sociologue, enseignant à Paris X, proche du Front de Gauche. Mais que propose au juste cet universitaire altermondialiste ? Faut-il prendre pour argent comptant ce qu’il dit ? On va essayer de décrypter son projet de « salaire socialisé ».

Pourquoi parler de Friot en particulier ? A tantquil, on a rien de personnel contre lui. Mais il fallait bien commencer quelque part. Et puis les théorie loufoques de Friot sont bien significatives d’un argumentaire qui obtient aujourd’hui  de plus en plus d’échos dans l’extrême gauche, y compris libertaire :  une gestion alternative du capitalisme serait possible. Il suffirait ainsi de repeindre en rouge le salariat pour faire disparaitre l’exploitation qui va avec d’un bon coup de baguette magique (et citoyenne)… Allons donc voir ça de plus près.

 


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Tout commence bien : Friot fait une critique du discours patronal sur les retraites. Il explique que la hausse de la durée de travail et du départ à la retraite n’est pas inéluctable, ce avec quoi on ne peut qu’être d’accord…

Ensuite, il explique que les cotisations sociales font partie intégrante du salaire, ce qui est son point de départ.

Salaire indirect ou salaire socialisé ?

En effet, les cotisations salariales s’élèvent à 23% du salaire brut et alors que les cotisations patronales représentent environ 50% du salaire. Si elles ne vont pas directement dans la poche du salarié, elles font partie du salaire, elles financent indirectement une série de caisses. Si celles-ci n’existaient pas, ces dépenses coûteraient très cher au salarié : assurance maladie, chômage et retraites.

Par exemple, un smicard qui travaille à plein temps, va toucher 1 121,29€ net. Cela va représenter son salaire direct. Son patron va aussi payer 23% de cotisations salariales et entre 50% et 53% de cotisation patronales. En plus de son salaire direct de 1121,29€, il touche 257,80€ de cotisations salariales et 571,70€ de cotisations patronales, soit 829,60€ de salaire indirect. Il ne touchera pas cet argent directement, qui servira à payer des cotisations dans de diverses caisses d’assurances étatisées.

Ces cotisations payent l’assurance maladie, le chômage, et les retraites. Quand l’état ou le patronat réduisent le montant de ces allocations, de ces prestations ou augmentent la durée de cotisation, ils réduisent le salaire indirect ou salaire différé.

Là où on sera moins d’accord avec Friot est que celui-ci va parler de salaire « socialisé » pour qualifier ce système de cotisation. Socialisé voudrait dire, que ce salaire appartient à tous les salariés, et que tous décident démocratiquement de comment s’en servir.

Or, c’est loin d’être le cas. Le chômage, l’assurance maladie et surtout les retraites fonctionnent comme des caisses d’assurances. Une certaine cotisation (en trimestres, en heures de travail) ouvre droit à une indemnisation plus tard. Ces gigantesques caisses d’assurances sont gérées par l’état, les patrons et les syndicats représentatifs (qui n’ont qu’un tiers des voix), et si les partenaires ne tombent pas d’accord, c’est une loi qui tranche.

Ce mode de gestion est très loin d’être socialisé, mais plutôt étatisé. S’il suffisait à quelque chose d’être financé par des impôts et encadré par l’état pour être  « socialisé », les coups de matraques donnés par des flics à des ouvriers qui se font licencier seraient aussi du salaire « socialisé » redistribué généreusement par l’état.

 

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Une grande réforme magique

A partir de l’idée que les cotisations sociales représentent un salaire « socialisé », Friot développe un grand projet de réforme qui fusionnerait capitalisme et communisme, le tout sans violence.

L’idée de base est simple, peut-être un peu trop simple. Tout le monde touche un salaire, qui est indépendant du travail, grâce à une taxe à 100% sur le chiffre d’affaire des entreprises. L’état redistribue cette taxe sous forme de salaire socialisé et tout le monde devient en quelque sorte fonctionnaire avec 4 grades de rémunération correspondant aux diplômes, comme les grades A, B, et C de la fonction publique.

Des mesures fantaisistes voire étranges…

Tout d’abord, son projet présente des réelles incohérences qui rendent ce système au mieux fantaisiste, au pire illusoire. Parmi les incohérences les plus flagrantes :

– Dans son projet, les retraites n’existent pas et les retraités continuent de travailler, mais selon des modalités assez vagues on ne sait pas s’ils travaillent moins, s’ils s’arrêtent de travailler ou s’ils travaillent jusqu’à leur mort.

– Les bourgeois ne sont pas expropriés, ils sont encore à la tête de leur entreprise mais on ne sait pas trop ce qu’ils en font, on les voit mal attendre à se tourner les pouces sans essayer de s’attaquer au salariés.

– Les salaires sont sur une grille de 4 niveaux de 1500 euros à 6000 euros. Ils sont liés au niveau de diplôme. En gros, un prolo niveau bac ou moins, touche 1500 euros, un ou une fonctionnaire à Bac +3 touche 3000 euros, une titulaire de master 2 est à 4500 euros et un docteur ou universitaire touche 6000 euros et comme par hasard Friot est prof de fac. Du coup, dans ce système, il suffit d’avoir des diplômes pour gagner 3 ou 4 fois plus qu’un prolo de base, et en général les plus diplômés ne sont pas les fils de cantonniers ou les filles de mineurs, mais plutôt issus des couches supérieures les plus riches et diplômées.

Socialiser le salariat ou l’abolir ?

C’est tellement simple que ces réformes ne sont pas très loin du grand coup de baguette magique.

Ce projet réformiste présente les mêmes tares que tous les autres projets réformistes: Les patrons vont –il l’accepter comme ça ? Quel va être le rapport de force pour l’imposer ? On voit mal des élections mettre en place le projet « Friotiste »… Et en cas de révolution, ça serait bête de s’arrêter là…

Et oui, si ce projet se propose de changer radicalement le capitalisme, pour gérer le salariat, il ne prend pas en compte la dynamique même qui pourrait amener à ce changement : la révolution sociale.

Or pour nous, l’abolition du salariat, ce n’est pas juste une belle idée : c’est une arme contre les capitalistes. Si, dans la révolution sociale, nous organisons la société en dehors des rapports capitalistes d’échanges et d’exploitation, à quoi leur servira leur capital, leur or, argent ? En somme, abolir le salaire, instaurer la gratuité c’est agir contre le pouvoir que procure l’argent.

L’utopie bancale de Friot est une resucée de veilles recettes réformistes qui est mêlé à des mesures fantaisistes et incohérentes : ce n’est ni réaliste d’un point de vue capitaliste, ni une arme pour nous, dans cette crise. Aussi, ce qui nous étonne le plus dans ce projet est son relatif succès sur Internet mais aussi au travers d’une série de conférences.

Ce succès est le symptôme du fait qu’il n’y a plus que très peu de critique radicale dans le domaine de l’économie politique, qui soit accessible et audible, ce qui laisse le champ libre pour des hurluberlus dans le genre de Bernard Friot. C’est à nous de faire en sorte que les révolutionnaires soient audibles.

Pour ceux qui veulent voir par eux même ce que dit Friot, quelques articles :

http://www.reseau-salariat.info/5abf1bfb96df1682c10a0539ebb8e8b0

Les retraités, modèles d’une nouvelle production de valeur économique

http://www.reseau-salariat.info/d6a9997d6ee5288692bd6f2071e6313e

capitaine-Haddock

12 comments

  1. Vos critiques semblent ignorer ce que propose réellement Friot dans son bouquin l’Enjeu du salaire. Rien ne dit dans son livre que la socialisation intégrale du salaire qu’il réclame s’appuiera sur une gestion étatique. Certes Friot n’adhère pas à la libre association des producteurs mais il ne semble pas particulièrement favorable à l’étatisation.

    Le système de qualifications qu’il propose n’est pas directement corrélé avec les diplômes et les résultats scolaires. Ce n’est pas une certification et il admet que la façon de déterminer ces niveaux sera source de conflits et sera le lieu d’un affrontement de rapports de forces. Bref il ne donne que des pistes sur ce point et ne livre pas un projet clé en main. La retraite n’est pas supprimée au contraire elle est généralisée puisque le salaire universel est donné à tous de la majorité à la mort quelque soit l’activité exercée et même si on exerce aucune activité au sens capitalistique du terme.

    L’expropriation économique des patrons est effective puisque la propriété lucrative et l’emploi sont supprimés. Interroger la faisabilité du rapport de force qui serait nécessaire à la mise en place de son projet, c’est déjà pratiquement présupposer qu’il est révolutionnaire. Et si ce rapport de force n’est pas réalisable alors que penser de celui que nécessiterait l’abolition du salariat voire carrément de la monnaie ?!

    Ce que propose Friot est l’abolition du salariat en tant que source d’exploitation économique. Ce qui a été conquis par les luttes sociales sur le salaire s’est fait contre la logique salariale imposée par le patronat. Le salaire socialisé est donc un contre-salaire. L’inverse même du salaire tel que défini par le capital. Friot pense que les travailleurs devrait dès lors s’approprier le concept même de salariat comme pour prouver qu’ils ont gagné sur cette bataille. Mais cet attachement à la terminologie du salariat – qui rend au passage son analyse parfaitement réaliste – ne repose pas uniquement sur un hommage aux luttes passées.

    Ce qui est critiquable d’un point de vue libertaire chez Friot c’est son économicisme et son approche marxiste du pouvoir et de la hiérarchie. S’il tient à conserver la notion de salariat c’est par ce qu’il reste attaché à la notion de subordination qui lui est inhérente. Le pouvoir ne résume par à l’économie et maintenir le salariat tout en supprimant le marché de l’emploi et la propriété lucrative n’empêche pas la division des tâches et le désir de dominer autrui dans les collectifs de travail. Ce qui se passe quotidiennement dans les bureaucraties d’État – mises hors marché de l’emploi – est là pour nous le prouver.

    L’autre point éminemment critiquable d’un point de vue anarchiste est la relation qu’il fait entre son salaire universel et le suffrage universel. S’il vaut mieux se trouver dans une démocratie représentative que dans une dictature, il est clair que les élections fonctionnent comme de parfaites illusions. Mais paradoxalement le changement qu’il propose n’a aucune chance de se réaliser par les urnes. Seul un contexte révolutionnaire puissant mené par la base pourrait le faire advenir.

    En revanche, il est clair qu’il s’en prend assez nettement aux partisans de l’abolition de l’argent. Étant donné le positionnement idéologique de votre site sur ce point, c’est peut-être surtout cela qui dérange. Mais vous ne répondez en rien ici à ses objections.

    Pour conclure, Friot est ambigu mais ce qu’il propose n’en est pas moins intéressant y compris dans une optique libertaire. Il est absolument nécessaire de le critiquer et de l’amender de ce point de vue. Malheureusement je crains que votre contribution sur ce plan soit pour le moins dépourvue d’honnêteté.

    1. Nous ne disons pas que le rapport de force nécessaire à l’instauration des mesures que préconise Friot n’est pas réalisable, nous disons que dans un processus révolutionnaire, on ne s’arrêterait pas là! (on irait même pas du tout dans cette voie)
      Et même, que le fait de lutter pour un système qui conserve les catégories de bases du capitalisme, en ce qui concerne la distribution la production, etc. ne fait que participer a maintenir ce système.

      Mais le nœud du problème, chez Friot, est à mon sens le fait de considérer le salaire indirect comme une « conquête sociale anti-capitaliste ».
      Nous publierons bientôt un article sur le salaire indirect, mais disons déjà deux mots là dessus.
      Le système capitaliste s’est fort bien accommodé, durant une période, d’un système de sécurité sociale important, en France par exemple. Il ne s’agit pas de dévaloriser les luttes sociales, mais de les mettre en rapports avec l’évolution du capital depuis un siècle.
      Si, en effet, la sécu est le produit de la lutte des classes, cela n’a pas amené à la révolution, ni la création d’une “anomalie socialiste” au sein du capitalisme : il n’y a qu’un monde, celui du capital. Les luttes sociales des prolos ont juste été intégrées, à un moment donnés, au développement du capitalisme.
      Cela ne veut pas dire qu’elles ont été inutiles, mais plutôt que le capitalisme s’en est accommodé.
      Le salaire, voir la notions qu’on a fait à ce sujet, ce n’est que les frais de reproduction de la force de travail. Le salaire indirect aussi, mais gérés différemment.
      La clef pour comprendre tout ça, c’est le terme “force de travail”. C’est bien en tant que « force de travail » que le prolos sont payés par les capitalistes. Et c’est aussi pour soigner cette force de travail que les soins sont remboursés, c’est pour nous former qu’il y a l’école, etc : ça fonctionne, tant que c’est rentable pour le capitalisme, c’est à dire ce qui s’est passés durant les sois-disant 30 glorieuses.
      Et dans cette société, c’est en tant que « force de travail » que nous luttons. Une bonne partie du discours des syndicats, par exemple, lorsque des boites délocalisent, c’est : regardez, telle ou telle boite est encore rentable, nous avons des plans de rechange, etc.
      Le problème, c’est que d’un point de vue capitaliste, ce n’est plus vrai ! Voir notre article sur la restructuration.
      Toute la question est alors, comment penser les luttes, dans une période ou les patrons n’ont plus rien à lâcher.
      La réponse de Friot reste étroitement prisonnière du capitalisme : il faudrait le réformer en profondeur, pour reverser l’ensemble du capital dans les cotisations.
      Cela revient à une sorte de capitalisme auto-géré, ou nous serions des genres de citoyens-actionnaires-salariés… Et c’est en effet l’horizon ultime d’une bonne partie des réformistes radicaux actuellement. Outre le fait que nous ne faisons pas la révolution pour ça, nous pensons que c’est une perspective complètement à côté de la plaque, et qui ne donne pas des armes pour la révolution, mais participe au contraire à défendre le capitalisme, en affirmant qu’une autre gestion est possible.
      Nous avons écrit un texte sur le sujet, qui sera diffusé dans quelques jours.

  2. Je ne pense pas que ce que propose Friot se situe dans les catégories de base du capitalisme et je ne pense pas que son but soit de maintenir un tel système.

    Par ailleurs, il est faux de prétendre qu'”il n’y a qu’un monde celui du capital”. Penser en ces termes c’est donner des armes – oui pour le coup – à tous les contre-révolutionnaires. C’est-à-dire à ceux qui considèrent qu’abolir le capitalisme n’est qu’un rêve, une pure spéculation idéologique, une utopie sans aucune prise sur réel. Non il existe des parcelles de notre quotidien qui n’appartiennent pas au capitalisme. Et depuis que ce système s’est imposé comme modèle dominant il s’est toujours trouvé des rapports sociaux qui ne lui était pas soumis. Sans parler des conquêtes sociales et du mouvement ouvrier, la persistance contemporaine des pratiques de dons et de contre-dons le prouvent.

    En tant qu’anarchiste j’estime que le projet libertaire est déjà présent chaque jour à travers des failles dans l’ordre établi et que le désir de justice et de liberté existe en chaque individu. Sinon votre position revient à faire à chaque nuit tombante un chant incantatoire de veillée à la gloire du Grand Soir qui toujours est repoussé par ce que telle ou telle proposition est “trop réformiste”.

    Sans aucun doute, les luttes sociales ont conduit à réformer le capitalisme et non à lui substituer autre chose. Mais il ne vous a pas échappé non plus que ce peu de choses octroyé est aujourd’hui lui-même menacé, preuve tout de même que le capitalisme avait bien du mal à s’en accommoder. Et si ces luttes sociales n’ont pas conduit à la révolution, c’est aussi qu’elles étaient menées par des bureaucraties autoritaires qui elles-mêmes n’avaient aucun intérêt à un réel changement.

    Quant au soit disant “capitalisme autogéré”, à partir du moment où l’ensemble de la richesse créée ainsi que l’investissement sont aux mains des travailleurs et non pas de l’État ou du capital, il me semble qu’on est déjà sur la bonne voie. Ce n’est pas peut-être pas la révolution sociale rêvée mais c’est déjà pas mal. Maintenant si vous avez des propositions moins bancales que celles de Friot – ou disons moins estampillées “proches du Front de gauche” – et qui ne résument pas comme l’ensemble ce que vous avancez à de simples postures, pourquoi pas. Mais je suppose qu’il faudra plus que votre site internet – un livre par exemple ? – pour qu’elles imprègnent les masses en vue de la modification impressionnante du rapport de force nécessaire à un réel processus révolutionnaire.

  3. Salut,

    No fun dit: “Quant au soit disant « capitalisme autogéré », à partir du moment où l’ensemble de la richesse créée ainsi que l’investissement sont aux mains des travailleurs et non pas de l’État ou du capital, il me semble qu’on est déjà sur la bonne voie. Ce n’est pas peut-être pas la révolution sociale rêvée mais c’est déjà pas mal.”

    1) Avec Friot, la “richesse créée” continue de prendre la forme argent, parce qu’elle continue d’être “évaluée”, et elle continue de l’être, parce que la concurrence demeure, soit le règne de la compétition sur la base de performances productives comparées.
    2) Quel sens ça a : “être aux mains des travailleurs”, quand la division verticale du travail demeure. Les communistes du PC (ainsi Friot) ont toujours ventilé cette confusion: posséder juridiquement n’est pas disposer pratiquement.
    3) En conclusion: Une société dirigée par des cadres et organisée sur la base abstraite de la valeur (même réformée (encore heureux!)) n’a que peu de rapports avec le projet communiste libertaire. Le maintien du marché, de la valeur, et des rapports sociaux de subordination, devrait faire tilt, mais malheureusement…

  4. “Et si ces luttes sociales n’ont pas conduit à la révolution, c’est aussi qu’elles étaient menées par des bureaucraties autoritaires qui elles-mêmes n’avaient aucun intérêt à un réel changement.”NoFun

    Les bureaucrates menaient les révolutions? Les masses que faisaient-elles? Ce sont les masses qui ont mené les révolutions et installé les autocrates. Ces autocrates étaient soutenus par les masses qu’ils représentaient, les bureaucrates étaient issus des classes ouvrières nationales.Les masses n’étaient pas bernées, tout comme les élections ne sont pas qu’illusion. et pourquoi pas TOUT n’est qu’illusion?
    Aussi, pour les anarchistes, il y a toujours quelque chose qui échappe et dans la société, et dans l’individu au fait d’être produit par, et donc adéquat à la société. Mais ce que l’on observe c’est que cette échappatoire, cet élan vital, si tant est qu’ils existent n’ont nulle part trouvé de concrétisation. Dommage. Cependant je note que “L’espoir est la laisse de la soumission”, et un petit proverbe Roumain : “Changement de chef réjouit les sots”

    “Et si ce rapport de force n’est pas réalisable alors que penser de celui que nécessiterait l’abolition du salariat voire carrément de la monnaie ?!”
    Penser comme ceci conduit à penser comme cela:
    “il faut être réaliste, si ce rapport de force n’est pas réalisable, soutenir le patron est réalisable et réaliste” : cf. Les salarié/es de Sephora et demain ceux de Castoi. et Leroy pipeau.
    Penser c’est dépasser les bornes, je me fous du “rapport de force” et les réalistes me dégoûtent.

    Malheureusement je crains que votre contribution sur ce plan soit pour le moins dépourvue d’honnêteté.

    Que vient faire cette “honnêteté”? Les arguments ne sont pas malhonnêtes ou pas, ils se tiennent ou pas.
    Les arguments exposés par NoFun, par exemple, ne sont pas “malhonnêtes”, ou l’inverse, certains sont tout simplement foireux.
    Pourquoi mettre en doute le fait que les personnes et les”contributions” qui ne sont pas d’un certain avis, sont sincères et pourquoi pas… honnêtes?

  5. « Et si ce rapport de force n’est pas réalisable alors que penser de celui que nécessiterait l’abolition du salariat voire carrément de la monnaie ?! » no fun

    Cette phrase est typique du mode de pensée de la plupart des militants (de gauche ou de droite et plus ou moins radicaux). L’élément de la “force” est certes essentiel lorsqu’on souhaite bouleverser un ordre quelconque. Mais il ne suffit pas. Ainsi, n’est-il pas vrai qu’à rapport de force égal une revendication modérée a toujours plus de chance d’être “réalisée” qu’une autre relativement plus radicale. Car une revendication plus modérée sur le papier peut être complètement farfelue, fantaisiste, hors-sujet, tandis qu’une revendication radicale peut être tout à fait sensée en comparaison. Au-delà de la question du rapport de force nécessaire pour imposer telle ou telle mesure, la question du contenu même de celle-ci doit être posée. Un exemple: se battre pour un capitalisme plus égalitaire ou moins conséquemment inégalitaire dans une conjoncture de crise est inepte; cette position est “objectivement” irréaliste et non pas seulement “politiquement” irréaliste.

  6. “abolition du salariat voire carrément de la monnaie” … ??

    Parce qu’il est possible d’abolir le salariat en conservant la monnaie ? On a l’impression que la destruction de l’argent est “carrément” un idéal très difficile à réaliser. Cela tombe bien la classe ouvrière n’a pas d’idéal à réaliser.

    Bernard Friot est un sociologue dont le métier pour ne pas dire le passe-temps est de disserter et tourner en rond autour du salariat seulement pris pour lui-même pendant que les sans réserves essaient de se démerder comme ils peuvent. Les travailleurs en révolution se passeront de ce genre conseils.

    Le don et le contre-don est une énorme connerie de chercheurs dont l’érudtion plane très certainement bien au-dessus du marxisme. Perché dans les brumes, le contre-don c’est quand vient son tour de payer sa tournée ?

    L’histoire est très simple en ce qui concerne l’échange marchand. La communauté s’est arrêté là où a commencé l’échange marchand. Avec la séparation des producteurs d’avec les moyens de production de la vie, l’échange marchand atteint son développement ultime qui est l’échange entre le travail vivant et le capital. Il n’y a pas de communauté réelle avec l’échange marchand universel. Comme disait Charles, l’argent est la communauté qui n’en tolère pas qui lui soit supérieure.
    La communauté humaine commencera là où l’échange marchand universel s’arrêtera.

    La recette a été donné il y a 150 ans : abolition mondiale de la propriété privée des moyens de production, ce qui est équivalent au système du salariat.
    Si Friot veut réunir les travailleurs et les moyens de production il doit abandonner son attachement sentimental au salariat malheureusement, c’est son gagne pain idéal et réel.

    “Quant au soit disant « capitalisme autogéré », à partir du moment où l’ensemble de la richesse créée ainsi que l’investissement sont aux mains des travailleurs et non pas de l’État ou du capital, il me semble qu’on est déjà sur la bonne voie. Ce n’est pas peut-être pas la révolution sociale rêvée mais c’est déjà pas mal. ”
    C’est quoi le capital et l’Etat ?
    C’est quoi la richesse créée ? Des marchandises ? Produit-on pour l’échange dans “la bonne voie” ?
    Dans ce cas, le capitalisme (c’est quoi le capitalisme ?) autogéré est identique à la production capitaliste telle qu’elle existe actuellement.

    Abolition mondiale de la propriété privée des moyens de production !!

    Le capital est la forme économique qui domine toute la société bourgeoise. Les seules parcelles réelles de notre quotidien qui n’appartiennent pas au capital appartiennent à la propriété foncière moderne qui ne peut exister qu’avec le capital parce que c’est le capital qui l’a crée conformément aux nécessités qu’implique la base sur laquelle repose sa production : la séparation de la terre d’avec les producteurs. Il existe encore quelques petites parcelles réelles exploitées par des petits paysans mais bien souvent pour ces derniers lorsqu’ils ne croulent pas sous les dettes et les hypothèques, tout le surproduit passe quant même à la société et bien souvent également une partie de l’équivalent qui correspondrait au salaire parce qu’ils produisent dans des conditions de productions totalement défavorables.
    A part ces parcelles, je ne vois pas bien ce qui n’est pas produit par la production capitaliste. Marcher, penser ? Admettons mais pour cela il faut manger des nuggets et pour manger des nuggets il faut travailler et valoriser le capital.
    L’anarchisme est à la mode. L’anti-autoritaire cache bien souvent un démocrate.
    ” Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit, c’est l’acte par lequel une fraction de la population impose sa volonté à l’autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s’il en est; et le parti victorieux, s’il ne veut pas avoir combattu en vain, doit continuer à dominer avec la terreur que ses armes inspirent aux réactionnaires. La Commune de Paris eût-elle pu se maintenir un seul jour si elle n’avait pas usé de l’autorité d’un peuple en armes contre la bourgeoisie ? Ne faut-il pas, au contraire, la critiquer de ce qu’elle ait fait trop peu usage de son autorité ? Donc, de deux choses l’une : ou bien les anti-autoritaires ne savent pas ce qu’ils disent et, dans ce cas, ils ne font que semer la confusion, ou bien ils le savent et, dans ce cas, ils trahissent la cause du prolétariat. De toute façon, ils servent la réaction.” (Engels)

    L’anarchisme est un syncrétisme.

  7. No fun a raison, dire comme rataxes “le système capitaliste s’est fort bien accommodé, durant une période, d’un système de sécurité sociale important, en France par exemple”, est une contre vérité. lorsque la sécu a été mise en place, le patronat a crié qu’on l’égorgeait; De gaulle était contre la sécu, tout au plus peut-on dire qu’il l’a acceptée, parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, la classe dirigeante a cédé devant la menace révolutionnaire des années de la libération, par peur de tout perdre

    1. Peu importe les déclarations ou les états d’âmes des classes dirigeantes ou de leurs représentants. Dire que le système capitaliste s’est fort bien accommodé d’un système de sécurité sociale importante durant une longue période, signifie que cela ne l’empêchait pas de faire suffisamment de profits pour valoriser le capital.
      Lorsque cela n’a plus été le cas, alors le capital a attaqué.
      Voir a ce sujet notre article sur la restructuration

  8. Bonjour,
    Une petite réaction pour apporter un peu d’huile au moulin:
    Une bonne partie de l’activité productive, évaluée à environ 40% du travail effectué, c’est le travail domestique. Aux dernières nouvelles et depuis des millénaires, cette partie de la production n’est pas contrôlée par le capital mais par le patriarcat. Ce qui est problématique vis à vis de ce que vous racontez, c’est qu’il s’agit d’une exploitation où la monnaie ne joue aucun rôle…donc l’abolition de la monnaie me parait insuffisante pour penser une économie libre…

  9. On sortira très prochainement un article sur le travail domestique, dans la rubrique notions.
    Ceci dit, tu as raison, l’abolition de la monnaie est insuffisant. D’ailleurs, nous ne défendons pas cela comme une réponse à tout les maux, mais comme faisant partie de la perspective révolutionnaire communiste. A ce sujet je te renvoie vers notre texte pour un réseau communiste antigestionnaire, qui aborde aussi ces questions.

  10. Pour Friot, “la poursuite du mouvement émancipateur est claire : attribuer tout le PIB à la cotisation” (préface du livre L’enjeu de la cotisation sociale de C. Jacke).

    Je m’interroge sur la signification de cela. Si il n’y a plus de salaires directs, puisque tout le salaire serait prélevé “à la source” sous forme de cotisation, est-ce qu’il y a encore nécessité d’avoir une comptabilité monétaire des entreprises et agents économiques ? Prenons l’exemple d’un médecin. Actuellement il reçoit un salaire. Dans le monde de Friot il ne reçoit plus d’argent du tout, mais a accès à un ensemble de prestations en nature financées par les cotisations liées à son travail. Il n’a même plus besoin d’argent de poche pour vivre. Pour aller manger il va à la cantine du quartier sans avoir. Pour aller au cinéma il va au cinéma gratuit de la ville. Pour faire le plein d’essence, pareil…

    Par l’absurde, cela semble suggérer que le principe même des cotisations sociales supposent l’existence d’une économique marchande au sens large (secteur privé et public), c’est-à-dire de la vente de force de travail, comme façon d’accéder au produit du travail des autres qui font de même. C’est-à-dire le capitalisme au sens par exemple de Moishe Postone (le travail abstrait comme médiation sociale).

    Paradoxalement les propositions de Friot aboutissent logiquement à l’abolition du travail abstrait et de l’argent, alors qu’il défend mordicus ces deux catégories capitalistes (*) !

    Le problème est en effet que, à première vue, les forces sociales qui auraient le plus intérêt à abolir le travail abstrait ne seront pas celles dont le revenu dépend de telles cotisations sociales (les fonctionnaires, les retraités, les médecins et les industries pharmaceutiques, etc.). Ceux qui ont intérêt à maintenir les fondamentaux du capitalisme (travail abstrait et argent, la valeur au sens marxien) sont ceux qui sont en périphérie de ces effets concrets (la mise en tension par la productivité). Comme dans les propositions en faveur d’un revenu garanti, on se retrouve avec le même genre de paradoxe de réformes qui, pour marcher, suppose pour en bénéficier que les acteurs sociaux continuent de jouer le même jeu, pour permettre à d’autres acteurs de bénéficier seuls de la réforme en question.

    Ces propositions ne sont donc pas universalisables en un mouvement social d’ampleur, mais traduisent la position particulière de leurs auteurs de le champ social…

    D.

    (*) Cf. Le débat avec Anselm Jappe en 2002 :
    https://soundcloud.com/festival_des_libertes/economie-de-march

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