Qu’est ce que c’est… la force de travail ?

En route vers la crise de la valeur : Pour expliquer la crise actuelle et son évolution future, il convient de comprendre les contradictions actuelles du capitalisme et notamment comment fonctionne la valeur. Expliquer ce fonctionnement nécessite de faire appel à de nombreux concepts. Nous avons donc décidé de nous lancer dans une suite de notions permettant de l’aborder tout en tentant de rester dans le style accessible de Tantquil.net

Comme nous l’avons vue dans la notion sur le sujet, la valeur vient de travail, mais pour mieux comprendre il convient de voir comment le travail se transforme en valeur (on vous conseille d’aller lire la notion sur la valeur ici).

Reprenons où l’on s’était arrêté. Pour le capitaliste qui réfléchit par rapport aux profits de son entreprise, le « coût » de la bouteille de Cacolac qu’il veut vendre, représente pour lui :

  • Le coût des matières premières et de l’électricité,
  • Les salaires de ses ouvriers,
  • L’argent qu’il compte bien se garder pour lui ou réinvestir dans son entreprise.
  • Le coût des machines.

Mais si l’on remonte plus tôt dans la production, le coût des machines nécessaires à la mise en bouteille est également déterminé par les salaires des ouvriers qui les ont faites, auxquels il faut ajouter l’argent que le patron récupère. Pareil pour l’électricité ou encore au niveau des matières premières. C’est le salaire des enfants ivoiriens travaillant dans les plantations de cacao et les thunes que leur patron se fait sur leur dos qui fait le coût du chocolat « commerce équitable » en poudre.

La force de travail une marchandise pas comme les autres…

Dans le système capitaliste, c’est le travail qui donne la valeur à l’ensemble des marchandises produites. Mais ce travail fonctionne lui-même comme une marchandise. La force de travail des prolétaires est achetée et vendue sur un marché spécifique que l’on appelle marché du travail. Sur ce marché plus ou moins ouvert, le capitaliste essaye de payer cette force de travail le moins cher possible, au détriment des prolétaires qui n’ont que ça à vendre. Vu comme ça on n’a pas forcement l’impression qu’il y a une réelle différence avec n’importe quel autre produit que l’on pourrait acheter à Lidl, mais en fait le travail est une marchandise très particulière car c’est la seule permettant la création de valeur.

Lorsque Raymond le patron exploite ses employés, il n’achète pas leur travail, mais leur force de travail. Il n’achète donc pas exactement le travail que fait Micheline l’ouvrière, mais ses capacités musculaires et intellectuelles pendant un certain nombre d’heures. Il les utilise ensuite pour la faire surveiller la machine qui met du Cacolac dans la bouteille. Il loue donc l’utilisation de son corps et achète du temps de la vie de Micheline. Cette marchandise qu’est la force de travail humaine est achetée par Raymond avec pour seul but d’être consommé pour produire des objets ou des services.

En fait lorsque le patron verse le salaire de son ouvrier, il paye le prix de la force de travail et non le travail qu’a effectué l’employé. Ce prix de la force de travail est déterminé comme n’importe quelle autre marchandise par la quantité de travail nécessaire à sa production et son entretien. Nous reviendrons plus amplement sur la (re)production de la force de travail dans une notion.

Le patron paye un salaire correspondant à ce qui est nécessaire pour permettre à Micheline d’être en capacité de bosser aujourd’hui et de revenir travailler le lendemain1. Ce prix de la force de travail, que BFM Business préfère appelé le « coût du travail » est ainsi en partie déterminé par la valeur des objets de première nécessité indispensable à la survie de Micheline et de son foyer. Il est aussi en partie déterminé par les frais nécessaire au fait d’élever des enfants, depuis la naissance jusqu’à ce qu’eux aussi soient en état de travailler. Ainsi, par exemple, les allocations familiales sont financées sur les cotisations salariales : une partie de notre salaire indirect ( notion).

Mais savoir exactement ce qui est nécessaire pour reproduire la force de travail est quelque peu difficile, assez vague et différent selon les époques et les lieux. Raymond tentera toujours de faire croire à Micheline qu’il n’a pas besoin de toucher un salaire aussi élevé. À l’inverse, Micheline et ses camarades de l’usine Cacolac se battent pour récupérer un maximum de thunes.

C’est donc aussi les luttes des travailleurs pour arracher des augmentations de salaire qui déterminent le prix de cette force de travail. Si les ouvriers des usines de mise en bouteille se battent depuis 10 ans et ont des conventions collectives permettant d’avoir une mutuelle d’entreprise et une échelle des salaires avantageuse, le prix de la force de travail dans le secteur de la mise en bouteille sera plus élevé que dans celui du textile par exemple.

Le grand-père de Micheline qui, lorsqu’il travaillait, était payé une misère dans un pays lointain fait mine lorsqu’il est de mauvaise humeur d’avoir du mal à comprendre pourquoi Micheline se bat. Pourquoi se plaint elle, elle gagne bien plus que lui n’a jamais gagné. Mais c’est que Micheline est obligée de payer les traites de la voiture, de l’écran plat ou du smartphone de sa fille. Ces marchandises sont devenus nécessaires à son existence et son intégration sociale dans la société actuelle où elle vit.

La force de travail n’est donc pas payée en fonction du travail effectué. Elle est payée en fonction de la valeur nécessaire pour que le et la prolétaire survive et produise des nouveau petits prolétaires… et du niveau de rapport de force dans la lutte des classes.

C’est qu’à la différence d’une machine, le patron ne nous possède pas à tout jamais : les prolétaires restent, au moins formellement, libres. Si le patron nous possédait, ce serait à lui de gérer notre entretien et notre production, comme il le fait avec ses machines. Là, c’est à nous de le faire, dans le cadre du foyer. Et cela s’appuie essentiellement sur le travail gratuit des femmes… Dont nous avons déjà parlé ici et dont nous reparlerons dans la notion sur la reproduction.

Ce sont ces différences qui en font une marchandise très particulière : la seule qui crée de la valeur.

Pourquoi ça intéresse les capitalistes ? Parce qu’une fois qu’ils nous on payés le salaire (qui est la valeur de la force de travail) il peuvent empocher le reste des marchandise créé par notre travail : la plus value.

C’est donc surtout cette force de travail qui permet de créer la valeur que l’on retrouve dans les marchandises qui ont été produites. Elle permet également de rajouter de la valeur dans un produit qui en possède déjà. On verra comment dans le prochain article sur le sujet : Qu’est-ce que c’est … le travail mort et le travail vivant ? Que l’on publiera prochainement sur le site (promis on fait vite).

1Une autre notion sur Qu’est-ce que c’est la reproduction est à prévoir, en attendant vous pouvez déjà aller relire celles sur la plus-value pour avoir plus de détails sur la différence entre le salaire payé et le travail effectué.

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