Et une, et deux, et trois bulles du bitcoin!

On l’a vu dans notre article précédent sur le bitcoin, cette monnaie s’est développée car elle est apparue comme très utile pour faciliter les échanges à la marge de la légalité. Elle a aussi vu son cours fluctuer énormément, et à ce jour elle à déjà connu trois crevaison de bulles spéculatives… Pas mal pour un truc aussi récent! Détaillons.

Cette monnaie et celles du même type, appellées «  cryptomonnaie », font aussi l’objet de fantasmes de tout une fraction de la gauche « citoyenne » ou alternative, toujours à l’affut de solutions pour bricoler un capitalisme alternatif.

Voici donc une série d’articles pour comprendre un peu mieux les mécanismes des « bitcoin », « auroracoin » et autres du même genre. Il s’agira aussi de démonter les discours qui font de ces monnaies la nouvelle baguette magique pour résoudre les contradictions du capitalisme, le tout sans arrêter sa partie de World of Warcraft.

Le bitcoin est la réalisation d’un vieux fantasme d’ultra libéral anarcho-capitaliste (ceux qui pensent que le capitalisme serait le système idéal si seulement il n’y avait pas l’État pour lui faire faire n’importe quoi). L’idée de faire une monnaie privée, décentralisée et qui ne serait contrôlée par aucune banque centrale remplissait les rêves humides des chefs de file du courant comme Friedman et Hayek. Au niveau de la monnaie, la plus grosse phobie de ce type de personne, c’est la planche à billets. Ce qu’ils recherchent avant tout serait une monnaie qui ressemblerait à l’or (c’est-à-dire avec un nombre presque fixe de devises en circulation), mais qui serait plus facilement échangeable qu’un gros lingot et que l’on puisse le faire sans trop de frais envers les intermédiaires qui le stocke et le protège. Ils pensent que si une monnaie rassemble toutes ces conditions, elle serait parfaite pour échanger, car plus stable et ne dépendant pas des volontés d’un pouvoir politique.

Le bitcoin remplit tous ces critères et pourtant on va voir que c’est loin de fonctionner comme ce qu’ils voudraient. Cette monnaie est plus devenue un produit financier hautement volatil, dont le cours varie énormément et rapidement, qu’autre chose : en avant pour une série de bulles qui ne fait que commencer.

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La première bulle du Bitcoin

Comme on l’a vu dans notre article « les mécanismes d’une monnaie de singe », le bitcoin, s’est développée parce qu’il est apparu comme très utile pour faciliter les échanges à la marge de la légalité.

Assez rapidement, cette possibilité attire la curiosité de pas mal de monde. Surtout que les médias bourgeois commencent à s’intéresser au phénomène. On commence alors à voir pulluler les articles fantasmatiques sur « la face sombre d’internet » utilisant des noms à sensations comme le « Darknet » ou « Deepnet », et autres reportages type zone interdite.

Cet emballement médiatique participe a faire la pub des sites de ventes illégales, mais surtout à stimuler la spéculation autour du bitcoin. De nombreux investisseurs se disent que si le bitcoin est nécessaire pour faciliter les trafics en tout genre, autant se faire des thunes dessus. Et le cours du bitcoin s’envole.

Un bitcoin devient égal à un dollar en avril 2011 et atteint les 32 dollars en juin de la même année. En moins d’un an, il a augmenté de près de 600 000 %. Les sommes en jeu attirent les convoitises et durant l’été 2011, MtGox qui est alors le seul marché d’échanges de la monnaie et était encore il y a peu une plateforme de troc de cartes à jouer, subit une première attaque de hackers. Plusieurs milliers de bitcoins sont volés, la confiance en la monnaie disparait. La bulle explose et le cours de la cryptomonnaie redescend à 2 dollars pour un bitcoin fin 2011.

La seconde bulle

Le marché de cette monnaie virtuelle va ensuite stagner jusqu’au printemps 2013. Des mois de février à avril, le cours explose et passe de 13 à 240 dollars. La vague de spéculation qui atteint la cryptomonnaie ne vient pas de nulle part. En fait, elle surfe littéralement sur la crise de la dette chypriote. Pour rappel en mars 2013, la petite ile paradis fiscal est tellement dans la merde au niveau de sa dette et de ses investissements en Grèce, qu’elle décide de taxer les dépôts bancaires. Rapidement, tout le monde veut retirer ses comptes de Chypre et les banques sont obligées de fermer pour endiguer la fuite de capitaux (plus de détails dans notre article sur le sujet). L’État met en place ensuite un contrôle des retraits empêchant de transférer de l’argent vers l’étranger.

Mais heureusement, il y a le Bitcoin. Quelques un des mafiosi russes qui utilisent Chypre pour blanchir leur argent, ont entendu parler de ses avantages. Si les transferts d’argent étaient limités à 5000 € par mois par l’État chypriote, rien n’empêchait ceux dont l’argent était bloqué, d’acheter pour plusieurs millions d’euros de bitcoins et de les reconvertir en n’importe quelle monnaie sur un compte géré dans un autre pays. Au même moment, on se pose la question de savoir si les banques espagnoles, italiennes et portugaises qui sont clairement mal en point, peuvent faire la même chose qu’à Chypre. Au cas où, quelques investisseurs de ces pays choisissent d’acheter du bitcoin. Certains médias spécialisés s’emparent de ce sujet et en font un phénomène médiatique. Le cours s’envole et se crée rapidement la seconde bulle du bitcoin. Sauf que, passé l’intérêt médiatique, les investisseurs se désintéressent à nouveau du bitcoin et la bulle explose fin avril 2013. Bref, même si la monnaie se crashe et retombe autour des 80 dollars c’est toujours plus haut qu’avant le début de la seconde bulle, et ce parce que les paiements en bitcoins deviennent de plus en plus acceptés par internet. C’est aussi après cette bulle, que les plateformes de change se multiplient pour concurrencer MtGox, certaines sont même créées en partenariat avec des banques pour garantir les échanges en euros ou en dollars.

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La troisième bulle

Cette notoriété médiatique récente pousse plusieurs États, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne à discuter du statut du bitcoin et à lui donner une existence légale. Le cours de la monnaie remonte à nouveau en octobre 2013 lorsque Baidu, l’équivalent du Google et du Wikipédia chinois , décide d’accepter le paiement en bitcoin pour ses pubs. Ensuite c’est Ebay et PayPal qui s’y intéressent, même la banque fédérale américaine annonce que le bitcoin est une monnaie d’avenir.

Bref, en décembre un seul bitcoin s’échange contre 1150 dollars et l’ensemble des 12 millions de bitcoins en circulation pèse presque 14 milliards de dollars. Ça peut paraitre beaucoup quand on gagne moins de 800 € par mois, mais ça n’est finalement pas grand-chose par rapport aux masses de thunes qui sont en circulation sur les marchés. Pour rappel la dette étudiante américaine, autre bulle qui doit exploser, représente plus de 1 000 milliards de dollars. Tout le monde de la finance adore les bitcoins. Des compagnies aériennes ou des universités les acceptent pour payer les frais d’inscription  et malgré quelques réticences,  le cours de la monnaie reste très élevé.

Le vrai crash qui a fait la une des médias en février 2014 arrive suite à des attaques de pirates concertés sur les plateformes MtGox et SilkRoad. Des centaines de milliers de bitcoins sont captés par des hackers durant les échanges. MtGox aurait perdu 500 000 bitcoins ce qui équivaudrait à 450 millions de dollars, ne pouvant les rembourser elle se met en faillite. C’est ensuite Vircurex ( le MtGox chinois ) qui bloque ses opérations fin mars victime lui aussi de diverses attaques de hackers. Le cours du bitcoin chute et atteint les 320 dollars fin mars 2014 et risque de continuer à baisser si l’État chinois interdit cette monnaie comme le laissent présager diverses rumeurs.

Pour le moment, il semblerait que la faille de sécurité exploitée par les pirates soit due au manque de sécurisation des sites internet et non au cryptage du bitcoin lui-même. Si, de nombreux spéculateurs ont perdu confiance en cette monnaie virtuelle et qu’elle va continuer à baisser, ce n’est qu’une question de temps avant que son cours remonte et l’emmène vers une quatrième bulle. En effet, le bitcoin est toujours accepté par près de 500 000 commerces et sites internet , Il reste donc une valeur sûre pour blanchir de l’argent et de ne payer ni impôts, ni frais bancaires sur des gros transferts d’argent… En attendant la nouvelle bulle.

Ainsi, tant qu’il reste un moyen d’échange marginal, le Bitcoin n’a vocation qu’à rester une arnaque pyramidale, ce qui est en réalité le principe même de toutes les bulles spéculatives. Le seul moyen pour les crypto monnaies de devenir de vraies monnaies d’échange serait qu’elles remplacent les monnaies officielles.

Ce sera justement le sujet du prochain article de notre série consacrée à ces monnaies de singes : tant qu’il y aura des bitcoin.

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